Denis Ndong, plus connu sous le sobriquet de « Snipe », veut apporter sa contribution à l'expansion de la musique hip hop. Ce rappeur sénégalais, qui a servi sous les drapeaux français, milite pour un rap engagé. Mais il ne s'enferme pas dans ce cocon. Il écrit aussi des textes romantiques pour célébrer tout ce qu'il ressent. Dans cet entretien, il lève un coin du voile des réalités qu'il rencontre en Allemagne où il est établi.
Comment êtes vous venu dans le mouvement rap ?
« J'ai commencé à faire de la musique en 1995. Après mon service militaire de deux ans en France, je suis parti en Allemagne. Mais j'avais auparavant commencé à écrire des textes à Dakar. C'est en Allemagne que je suis entré officiellement dans le mouvement. C'est là où j'ai formé un groupe, qui s'appelle « Diaspora », avec cinq autres potes. Ensuite, trois ont quitté et en 2000 un autre est parti. Je me suis retrouvé avec deux camarades. On a sorti un album qui s'appelle « La Diaspora » qui a assez bien marché. Dans cette production, les chansons sont interprétées en français, mais il y a une chanson en allemand, où on dénonce le racisme de certains citoyens allemands. Le racisme est un fait qui existe dans ce pays. Mais ce ne sont pas tous les Allemands qui sont racistes. Le racisme existe là-bas, mais ce n'est pas tous les jours qu'on le vit, sinon j'aurai quitté le pays.
Quel est votre concept ?
« Notre concept c'est de dire des choses que l'on ressent. D'abord, nous laissons parler notre coeur. Quand on est artiste, on a des sensibilités qu'on veut partager avec tout le monde. Moi, je me considère comme un rappeur très complet. Quand il s'agit de protester contre un gouvernement, contre un système, contre l'injustice, je proteste. Mais quand il s'agit de faire un texte autobiographique je le fais aussi. C'est du rap autobiographique et du rap engagé mais aussi du rap qui raconte la vie y compris les bons moments.
C'est la passion qui m'a fait entrer dans la musique. Toutefois, il y'a un côté mystique. Je n'ai aucun membre de ma famille qui a pour métier la musique. C'est Dieu qui fait les choses. Ã- force de persévérer, de laisser parler son coeur le talent suit.
Un artiste africain a-t-il une chance de se faire une place en Allemagne ?
« Ce n'est pas facile pour un artiste étranger, en général et africain en particulier, de s'imposer en Allemagne. Il y a beaucoup d'appréhensions. Il faut d'abord faire ce que les gens aiment. C'est devenu dur surtout avec le piratage et l'Internet. Les gens n'achètent plus. Mais si l'artiste travaille avec beaucoup de sérieux, il a la chance d'émerger. La production à l'étranger est difficile. Cependant, on commence à comprendre les mécanismes. Nous avons la chance de rencontrer un Allemand qui s'appelle Berne. Celui-ci a mis son studio à notre disposition. Cela illustre qu'il y a de bons citoyens allemands.
Qu'en est-il de la vie des Africains là-bas, en général ?
Certes, nous ne vivons pas comme nous l'aurions souhaité. Mais quand même nous parvenons à manger et avoir le minimum. Cependant, ça nous fait de la peine de voir nos frères Africains souffrir en France et en Allemagne. C'est l'occasion de lancer un appel aux gouvernements Africains et Européens pour qu'ils trouvent une solution à ce problème
-Quelle est la teneur de vos compositions ?
Je suis resté 10 ans en Allemagne sans revenir. Je fais souvent la critique sociale de cette expérience de 10 ans. Durant ces 10 ans, j'ai perdu beaucoup de gens, ma grand-mère, mes oncles mes cousins. Je parle de tout cela dans mes compositions. Je parle aussi des valeurs que nous avons héritées de nos grands parents. Par exemple, les Catholiques et les Musulmans ont toujours vécu ensemble, de même que les Ethnies comme Toucouleurs et Joola etc. J'appelle, dans mes chansons, à la préservation de cet important héritage. C'est regrettable, mais beaucoup de pays ne l'ont pas.
Comment appréciez-vous le Hip Hop sénégalais ?
« J'ai un regard positif du mouvement Hip Hop sénégalais. J'ai toujours suivi les groupes comme PBS, Pee Frois, Daraa-Ji. Ils font du bon boulot.
Il y a beaucoup de groupes qui ont du talent, mais ils n'ont pas les moyens même si on sent l'énergie qui les anime. Chacun a son style. Ca c'est déjà quelque chose de positif. On y trouve du rap engagé, mélodieux et tout.
On sait que la réussite dans le métier de la musique ne s'obtient pas du jour au lendemain, comptez-vous rester dans ce métier malgré le manque de moyen ?
Il n'y a personne qui fait les choses gratuitement. Même si les gens font la différence entre, être engagé, ou être commercial. Aujourd'hui, on est en 2005. Tout ce que tu fais, que ça soit le son ou le studio dans lequel on enregistre, est payant. La musique demande des moyens, je suis obligé de travailler comme les autres. Il y a des périodes où il y a beaucoup de concerts et d'autres moments plus libres, on en profite pour travailler.
Pourquoi avoir choisi de sortir l'album au Sénégal, en premier ?
« Pour cet album, j'ai préféré d'abord faire la promotion dans mon pays, parce que c'est un retour aux sources pour moi. D'ailleurs, il est dédié spécialement au Sénégal et à l'Afrique. Le titre (Come Back) l'illustre. La sortie était prévue en fin août. Mais nous l'avons décalé jusqu'en décembre pour régler certains détails.
J'ai fait un freestyle avec Pee Froiss et le groupe Alif. Je les ai croisés en Allemagne, alors qu'ils étaient en tournée. Le courant est vite passé entre eux et moi. »